Habitat et propriété

Le groupe Pandour en cinq histoires

Quel est le point commun entre un marteau de démolition et Elvis? Leur influence prépondérante sur le groupe fribourgeois – même si elle n’est pas vraiment musicale.

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Il est difficile de classer Pandour dans un genre musical, en partie à cause de la composition du groupe: Luc Bersier et Michael Francey sont des producteurs de musique électronique classique, tandis que Simon Mozer et Adrien Clotzwei sont guitaristes. Le quatuor crée ainsi une musique belle, profonde et dansante. Des beats électroniques aux accents de jazz, de blues et de hip-hop, rehaussés d’une touche orientale. Si cette description ne vous avance pas, disons que Pandour rappelle un peu Nicolas Jaar, mais de Fribourg. Depuis leur première grande apparition sur la scène du Bad Bonn Kilbi en 2013, les choses ont bien changé pour le groupe. Pandour a participé à plusieurs festivals nationaux renommés, a joué dans des clubs célèbres et a sorti son premier album, «Ursa Minor», en avril 2016.

Nous avons rencontré les quatre musiciens sur le tournage du documentaire court et bruyant «Walls of Sound», dans leur authentique studio de Fribourg. Si ce dernier offre une place limitée avec ses modestes douze mètres carrés, on y reconnaît clairement la patte brute et chaotique du groupe. Nous demandons aux garçons de nous raconter cinq histoires sur cinq objets qui justement font que cette salle est leur salle de répèt. Visiblement, ils se réjouissent de cette mission et ne doivent pas réfléchir longtemps: en un clin d’œil, ils déballent les histoires les unes après les autres et nous montrent les objets concernés, dont la valeur matérielle est largement dépassée par la valeur émotionnelle. L’idée était que chaque membre du groupe raconte une histoire, mais que chacun y ajoute son grain de sel. Pandour en cinq histoires rapportées avec enthousiasme.

«Commençons par notre pad de batterie, le Millenium DP-1000. Une vraie épave, le truc le moins cher du marché. On a dû le payer environ 100 francs. La raison? A un moment donné, on a eu une idée fixe. L’idée qu’en tant que groupe avec des DJ et des instrumentistes, on avait aussi besoin d’un instrument live pour le rythme. Du coup, on a acheté ce pad. Une fois qu’on l’a reçu, on l’a bien entendu utilisé sur scène – chacun avait envie de pouvoir s’en servir. Il y en avait toujours un pour quitter sa place, prendre les baguettes et jouer des percussions. Ce n’était jamais synchronisé et l’effet était vraiment pourri. On a voulu acquérir une percussion live en partie pour des raisons esthétiques, on pensait que ce serait cool à voir. On a dû jouer trois ou quatre concerts avant qu’un copain nous montre ce qu’on avait fait sur un enregistrement vidéo. On s’est regardé et on a décidé en silence que le pad de batterie serait mis au placard pour toujours. Depuis, il occupe une place d’honneur dans notre studio.»

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«Ce panneau est un gadget qui autrefois faisait partie de tous nos concerts. C’est une espèce de boîte lumineuse sur laquelle on peut – comme pour les cinémas d’antan – fixer des lettres et créer ainsi des mots. Simon a découvert ce truc un jour sur une brocante et l’a acheté pour moins de 20 francs. C’est un objet plutôt cool. Mais les lettres, qui se rangent dans un sac en plastique, puent l’œuf pourri. Je ne sais pas pourquoi. Quoiqu’il en soit, le panneau lumineux était un composant récurrent de notre mise en scène. Nous écrivions Pandour et l’accompagnions d’un dicton idiot. C’était une sorte de mantra avant nos représentations, de classer les lettres et de les fixer. Aujourd’hui, le panneau reste généralement à la maison, surtout parce qu’il ne se voit pas sur les grandes scènes.»

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«On peut enfin parler de Gatorade. Ça fait déjà un moment que j’ai envie d’en boire! Il n’y a pas grand-chose à dire en fait. Le Gatorade hydrate mieux que l’eau et c’est devenu un standard pour nous après les concerts et autres fêtes – donc souvent! Et le jour d’après, nous surmontons la gueule de bois avec du Gatorade. Avant, on buvait tous le légendaire Blue Cool. Aujourd’hui, la moitié d’entre nous n’en supporte même plus la vue et nous sommes divisés en deux camps: ceux qui continuent à boire le bleu et ceux qui boivent le blanc. Le Gatorade blanc a un goût d’Alka Seltzer, soit tu aimes, soit tu détestes. En plus, le blanc est une rareté. A Fribourg, il n’y a que deux stations-service qui en vendent. Du coup, leurs stocks de Gatorade sont régulièrement pillés. On ne pourrait rien faire sans Gatorade le lendemain!»

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«Venons-en maintenant au marteau de démolition maltraité. Il a pour nous une grande signification symbolique. Comme on peut le voir, le studio était auparavant divisé par un mur qui le rendait trop petit pour être utilisable. Pour nous, casser le mur signifiait avoir pour la première fois une vraie salle de répèt pour notre musique, presque six ans après le début de notre histoire de groupe. Comme j’ai une formation de dessinateur en bâtiment, c’est moi qui avais la responsabilité de la démolition. Mais on a dû surmonter des petits imprévus: d’abord, on a cassé le marteau après quelques coups seulement. On a heureusement réussi à le retaper rapidement. Au bout de cinq minutes, le propriétaire du restaurant d’en-bas est venu nous demander ce qu’on fabriquait. On a répondu tranquillement: ‹On casse le mur!› Il a commencé à nous traiter de tous les noms et a menacé d’appeler la police, mais on a continué. Il a fini par partir, et peu après, il a dit avec un sourire sur les lèvres: ‹C’est bon les jeunes, vous pouvez continuer.› Je pense qu’il ne voulait juste pas risquer de se retrouver soudain avec la police dans son établissement. Pour finir, on a tapé environ dix fois à pleine force dans la conduite d’eau avant de constater notre incompétence. Aujourd’hui encore, on est incroyablement contents et reconnaissants que la conduite ait résisté à nos coups.»

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«Nous avons gardé la meilleure histoire pour la fin. Cet Elvis sans tête en papier derrière lequel on peut se mettre comme un idiot pour faire des photos, on l’a volé après une représentation. On jouait à l’EPFL pour le gala de la promotion architecture, notre concert le plus nul. Ce n’était pas seulement la faute des organisateurs. De notre côté non plus, tout ne s’est pas passé comme prévu. Après le concert, on s’est dit, dans un élan de légèreté juvénile, qu’il fallait qu’on embarque quelque chose. Michael voulait d’abord piquer un extincteur, puis l’attention s’est reportée sur un objet d’art en plastique. C’est là qu’on l’a découvert: Elvis sans tête. Ce qu’il y a de particulier, c’est qu’Elvis était l’attraction principale de la soirée. Il y avait vraiment 20 personnes qui faisaient la queue pour se faire photographier avec ce truc en papier. Ça en dit long sur la soirée. Un mec de la sécurité se tenait à côté et observait la scène. Du coup, on rôdait autour d’Elvis en se demandant comment on pourrait le rapporter chez nous. Deux d’entre nous trouvaient cela vraiment trop bête et sont partis attendre dans le bus VW. Un peu plus tard, on a remarqué que l’homme de la sécurité n’était plus à son poste. En plus, la fixation d’Elvis était lentement en train de se défaire et il menaçait de tomber. On a alors saisi notre chance, on s’est dirigé avec détermination vers Elvis en disant d’un air assuré ‹Oh non, cet Elvis, toujours la même chose. Il faut vite le réparer.› On a pris la figure en papier comme des pros, sous les bras, et on a marché vers la sortie. Premier obstacle: le type de la sécurité vient vers nous, et nous arrête gentiment à la porte. Deuxième obstacle: un technicien croise notre chemin sur le parking, avec son pantalon de travail, donc parfaitement équipé. Il sentait qu’il y avait anguille sous roche. Il m’a arrêté (Michael a continué à marcher avec Elvis) et m’a demandé: ‹Qu’est-ce que vous faites?› ‹On va réparer Elvis›, ai-je répondu d’un air détendu. Mais il n’a pas voulu lâcher le morceau, en disant qu’il avait du ruban adhésif pour remettre Elvis d’aplomb. J’ai appelé Michael, qui était presque arrivé à la voiture avec Elvis: ‹Hey, le monsieur a du scotch!› En même temps, je me suis éloigné du technicien et j’ai couru à toute vitesse jusqu’à la voiture. On a jeté Elvis dans le coffre et on a tracé. Mais ce n’est pas encore fini: on a été obligé de s’arrêter environ 200 mètres plus loin pour calmer notre crise de rire et laisser retomber un peu l’adrénaline. On est alors tombé sur deux petits loubards qui sont venus nous demander des cigarettes, pour la fumette. On a remarqué qu’ils n’avaient pas de bracelets d’entrée pour la fête où on venait de jouer. Du coup, on a enlevé nos bracelets back stage et on les leur a remis en main, sans oublier de leur fournir une description du chemin jusqu’aux coulisses et de leur dire où se trouvait l’alcool. Voilà, c’est comme ça qu’Elvis est devenu le talisman de notre studio.»

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